dimanche 9 février 2014

Le Jour Se Lève.



~ Romance ~

Le jour se lève à travers une large vitre lumineuse. Un mur rose et teinté d'oranger réfléchit sa couleur enchantée sur un océan transparent. Les nuages prennent le même horizon au-delà des immeubles tout de verres et d'acier fauchant le ciel et la douce brise qui vient d’apparaître. Il semblerait que le monde décide d'être beau aujourd'hui. Je ne sais pas encore. On peut voir les vagues depuis mon étage. Du haut de ces immenses classeurs métalliques. Des vagues qui gardent leurs cœurs à marée basse. La brise ne devient jamais bourrasque ici. C'est beaucoup trop rare pour exister. On se contente de se coller à la fenêtre et d'admirer la plage. Ce décor doré aux écumes qui déversent sels et débris. Elles laissent le sable immaculé entaillant le grain de son doux tissu. Comme si elles recrachaient ce dont elles ne désiraient pas. C'est étrange.
Et je suis prisonnier. Tout autour de moi des lieux usés mais aussi des visages réjouis comme des oiseaux tissés en fil de paradis. Attendant patiemment le goût délicat du crépuscule pour tout redémarrer encore une journée. Ils ne vont jamais nulle part. Ils bougent mais reste des statues de marbre sans aucune expression. C'est drôle et triste à dire, je trouve. Ils se ressemblent tous tellement. Ils ne pleurent jamais. Et moi, je cache ma tête pour masquer mon chagrin. Je vis pour les lendemains. Encore et encore en espérant que cela change un jour. Je devrais être heureux d'avoir ce désir. Mais je ne le suis pas. Lorsque j'allais à l'école, j'étais toujours très nerveux. Personne ne me connaissait mais tout le monde me regardait. Ils me regardaient sans vraiment me voir. Mes les traditions que je pouvais percevoir sur leurs visages demeuraient toujours embrasés. Les larmes remplissaient mes yeux dans un coin sombre de la pièce et je m'oubliais. Comme une flèche en plein cœur. Comme une flèche en plein cœur...

Il y avait cette fille. Elle était un peu comme moi si je ne me trompe pas. Le contraire ne me surprendrait pas. Elle me souriait. Parfois. Moi et elle, on avait quelque chose mais c'est tout. Et après, ce n'était rien pour elle. Ouais. C'était ça. Et tout ce que je peux goûter de frais, c'est ce souvenir car après, tôt ou tard, c'est terminé. Mais je ne veux pas rentrer à la maison tout de suite. J'espère juste, qu'un jour, elle se souviendra de moi et que je lui manquerai. Juste une nuit. Après, elle m'oubliera. C'était peut-être pour cela que je ne voulais pas que le monde me voit : parce que je ne pense pas qu'il aurait compris. A l'heure où l'amour est construit pour être brisé, je voulais un peu de subtilité. Je voulais qu'elle sache qui je suis. Je voulais juste qu'elle sache qui je suis. Je ne pouvais pas combattre les larmes qui ne venaient pas ou les moments de vérité dans les mensonges. Il était inutile d'espérer.
Je n'ai jamais saisi son nom. Il était de consonance étrangère. Asiatique. Elle l'était aussi. Japonaise peut-être. Ou coréenne ? Je ne sais pas, elle ne m'a jamais parlé. Elle m'avait juste regardé. Quelques fois. A moins que ça ne soit qu'une fois. Tout ce que j'attendais était une chance pour lui faire comprendre que j'existais.
Il y avait cette fille. Elle était un peu comme moi.

Maintenant, elle est en face. Dans un immeuble tout de verre et d'acier. Les journées assises à contempler des papiers vides de sens. Elle n'écrit pas. C'est dommage. Elle avait une jolie écriture. Fine et penchée. Quand elle s'appuyait trop fort sur son bureau, ses longs cheveux fins s'emmêlaient entre ses bras. Elle avait un geste pour les rabattre en arrière. Un geste gracieux. Magnifique. Comme une poussière d'étoile que l'on souffle pour qu'elle disparaisse en éclat. Elle est une question pour le monde. Pas une réponse faite pour être écoutée. Ou ce genre de moment qu'on tient entre ses mains. Le soir, elle s'en va. Elle disparait dans la pénombre bleutée. Puis elle recommence le lendemain. Sans interruption. C'est toujours comme ça. Elle fait comme tous les autres. Je me demande où sont ces rêves. Enfouis dans un cimetière marin ? Ou trônant au sommet de la plus belle étoile ? Elle en avait sûrement. Elle les a peut-être encore. Alors où sont-ils ? Je ne sais pas. Je ne peux pas le savoir, elle ne m'a jamais parlé. Je voudrais être avec elle. Je voudrais qu'elle se souvienne de moi. De ce sourire qui que l'on s'est échangé. Une fois ou plusieurs fois. Je veux un instant avec elle pour que l'on se sente exister. Que l'on puisse toucher des choses que l'on ne peut pas ressentir. Que l'on saute dans le vide, que l'on s'arrête et que l'on puisse savoir ce que l'on possède. Ce qui nous définit en temps que personne. Nos sentiments. Nos envies. Nos espoirs. Je voudrais lui raconter qui je suis sans que personne ne soit présent pour nous bloquer la route. Ils ne peuvent pas nous briser tant que l'on sait qui nous sommes. Oui, parce que je sais qu'elle me voie. Elle doit me voir. C'est forcément ça. Elle me voit mais n'ose pas me rendre mon regard. Elle n'ose pas car le monde dort toujours. Elle attend le bon moment. Elle est comme des murmures que je ne peux pas entendre. Je sais qu'ils existent. Quelque part. Et moi je reste ici.

Oh, ma cigarette est terminée. Je plisse les yeux. Non, il n'y a personne en face. Je bois ma dernière gorgée de café. Il n'y a personne. On peut voir les vagues de mon étage. Elles sont belles, vous savez ?

FIN.

Un jour de printemps, le jeune disciple se réveilla en larmes.

" As-tu fait un cauchemar ? " Demanda son maître.
" Non " Dit le disciple, " J'ai fait un très beau rêve. "
" Dans ce cas, pourquoi pleures-tu ? "
" Si je pleure " Répondit le disciple, " C'est parce que mon rêve est terminé. "


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